Manèges à sensation, train fantôme et barbes à papa sont-ils voués à quitter la pelouse de Reuilly ? Après la mort d'un policier et le décès d'un jeune ayant fréquenté la fête, certains reparlent d'un déménagement de la foire du Trône, installée dans le bois de Vincennes (12e) depuis 1964. "Deux morts, cela devrait faire réfléchir", estime Patrick Beaudouin, le député-maire (UMP) de Saint-Mandé, qui a écrit au maire de Paris et au préfet de police pour réclamer une réunion sur le déplacement de la foire.

Comme lui, les maires de Saint-Maurice et Charenton-le-Pont - deux villes voisines du bois - ont pris la plume et s'interrogent : "Doit-on continuer à autoriser ce genre de manifestation dans un site inadapté à recevoir des milliers de visiteurs ?" Tous mettent en avant des problèmes de sécurité et la défense des espaces verts. "Le bois de Vincennes doit être réservé aux promeneurs et aux sports. Là, plusieurs hectares sont neutralisés, goudronnés. Certains appellent d'ailleurs cet endroit le "tarmac"", soupire Christian Cambon, sénateur-maire (UMP) de Saint-Maurice.

Les élus Verts de Paris plaident, eux aussi, pour un déplacement de cette fête qui attire jusqu'à 5 millions de personnes en huit semaines. "Le gigantisme de la foire du Trône exerce une pression sur l'environnement, notamment des problèmes de circulation et de stationnement dans le bois", explique Christophe Najdovski, conseiller Vert du 12e, qui plaide pour "une foire à taille plus humaine et plus conviviale." Les écolos proposent même un point de chute : le secteur Bercy-Poniatowski, qui doit être réaménagé dans le 12e. En juin 2006, ils ont réussi à faire adopter un amendement au Plan local d'urbanisme pour étudier cette possibilité.

Les Verts parisiens vont déposer un voeu

L'Atelier parisien d'urbanisme (Apur) a donc planché. Et remis une étude à la mairie en mars dernier. Solution envisagée ? La construction d'une dalle par-dessus le réseau ferré allant vers la gare de Lyon, entre le périphérique et le boulevard des Maréchaux. Cela permettrait de dégager environ 6 hectares pour accueillir 170 stands de la foire. C'est moins que les 9,4 hectares et les 260 stands actuels. Mais, précisent certains, "on pourrait allonger la durée de la foire pour que tous les forains puissent s'y succéder".

A la mairie, Jean-Pierre Caffet, l'adjoint (PS) à l'urbanisme, estime qu'"il n'y a pas 36.000 endroits à Paris où pourrait être transférée la foire du Trône. Le secteur Bercy-Poniatowski, c'est une éventualité, peut-être une opportunité". Selon lui, "l'idée a des chances d'aboutir, mais il faut continuer les études, engager les discussions avec la SNCF, mener une concertation dans le 12e et avec les forains..." Le projet, s'il était décidé, ne pourrait se réaliser que dans plusieurs années.

Jean-Marie Brétillon, le maire (UMP) de Charenton-le-Pont, ne croit pas au projet de couverture de voies : "Cela me paraît lointain. On ne peut pas attendre dix ou quinze ans ! On nous endort. Il n'y a rien de concret, pas de financement". Il est vrai que le déménagement de la foire du Trône est un serpent de mer. En 1998, Jean Tiberi voulait déjà la déplacer. En vain : il ne trouva pas d'autre lieu adapté.

Les forains, eux, ne comprennent pas la nécessité d'un déménagement. "On nous reproche de drainer des gens qui ne savent pas se tenir. Mais ce n'est pas notre faute, se défend Henri Vancraeyenest, le président de l'Association de la foire du Trône. Lors des fêtes de fin de l'année sur les Champs-Elysées, il y a aussi des problèmes." Et de rappeler : "On n'occupe que 10 hectares. Le bois de Vincennes en fait 995. On ne gêne pas beaucoup les joggeurs !" Marcel Campion, le président de l'association du Monde festif, reste dubitatif par rapport au site Bercy-Poniatowski : "C'est un projet qui ne permet pas d'installer la foire du Trône dans sa totalité." Mais tous deux sont prêts à discuter... sur des lieux parisiens. Car les forains ont la nostalgie du temps où leur fête se déroulait place de la Nation et cours de Vincennes.

Les Verts parisiens vont déposer un voeu au Conseil de Paris du 14 mai, pour demander "une concertation sur l'avenir de la foire du Trône". Mais René Dutrey, le chef du groupe écolo, reste prudent : "Le secteur Bercy-Poniatowski fait partie des sites où certains envisagent aussi d'installer des tours. Il y aura un arbitrage entre les tours à bureaux et la foire à saltimbanques."