Contrairement aux pharmaciens, les boulangers d'un même quartier n'accordent que rarement leurs dates de vacances. Les clients, en particulier les personnes qui peinent à se déplacer, subissent cette non-organisation. Mais les premières victimes en sont... les boulangers eux-mêmes.

En effet, plutôt que de partir à la recherche d'une boulangerie ouverte, les consommateurs préfèrent se fournir auprès des terminaux de cuisson que proposent, en toutes saisons, les grandes surfaces. A la rentrée, s'habituant à cette facilité, les clients retournent au supermarché et ont tendance à délaisser les boulangeries de quartier.

Boulanger à Thiais (Val-de-Marne) et président de la fédération professionnelle de son département, Michel Chariot a senti le danger. "A Charenton, Cachan ou Ivry-sur-Seine, certains quartiers étaient sous-équipés pour la vente du pain. Des gens se sont plaints, souligne-t-il. J'ai contacté les élus pour que, dans leur ville, ils assurent une meilleure répartition de la commercialisation du pain."

"DEUX GROUPES"

Des réunions rassemblant les boulangers et l'adjoint chargé du commerce ont lieu depuis quatre ans à Charenton. Peu à peu, cette opération s'est étendue dans une demi-douzaine de communes. "Chaque année, on se divise en deux groupes, qui prennent leurs vacances par roulement. Les uns partent en juillet le premier été et en août l'année suivante ; les autres font le contraire", raconte M. Chariot.

Mais l'application de ce système ne se fait pas aisément. Selon M. Chariot, il est "assez difficile" de persuader les commerçants marocains ou algériens, adeptes du "retour au pays" en août, de modifier leurs dates de congés. "D'autres refusaient de fermer en juillet, car les recettes du mois permettent de payer les charges trimestrielles versées fin juin", rapporte le commerçant.

En 2008, la Fédération des boulangers du Val-de-Marne envisage d'étendre la pratique des "tours de garde" aux "ponts" du mois de mai. "Mes collègues ferment de plus en plus pour les longs week-ends", s'inquiète M. Chariot.

Olivier Razemon

Le Monde